Natures mortes de Belleville #6

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De passage à la maison ce week-end… Mon premier réflexe en rentrant de mes déplacements c’est d’aller flâner dans les magasins et les supérettes du quartier.

En attendant une éventuelle recette de Pâques – on verra… – voici un petit plaisir que je me suis offerte dans la supérette asiatique pimpant neuve qui vient d’ouvrir sous le restaurant Président à Belleville, et que je me permets de partager: un fruit du dragon, ou Pitaya. Encore un produit alimentaire – comme le piment ou la chayote – qui a voyagé d’Amérique centrale vers l’Asie durant les siècles de domination européenne de l’Amérique hispanique et des voies commerciales asiatiques (16e-17e siècle).

Voici ce que mon Encyclopédie Gourmande de la Chine en dit:

"Fruit du dragon (Hylocereus undatus)": "ce fruit rose appartient à la famille des Cactées. La Chine est l’une des principales régions de culture de ce cactus originaire d’Amérique centrale; ses fruits (…) abritent sous leurs écorce une chair blanche piquée de minuscules graines noires qui se mangent aussi. Le fruit du dragon rappelle le kiwi par son goût, et se consomme comme lui à la cuillère".

Délicate, sa chair est moins intense en saveur que celle de son frère d’Amérique Centrale….Mais ce fruit de couleur rose fuschia criard et ses excroissances rappelant effectivement des écailles de reptile vous égaie véritablement une cuisine ou un coin de salon. Sa chair coupée en morceaux est très décorative dans une salade de fruits.

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Parler et penser cuisine quand on fait sa salade – et toujours à traîner en Belgique

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Bon, les amis, tenir un blog culinaire amateur quand on est en pleine création de mini-entreprise et auto-réinvention professionnelle, le tout mâtiné de séjours dans des lieux qu’on éviterait d’habitude - comme dans mon cas la provinciale capitale Bruxelles (ceux qui me connaissent savent de quoi je parle) - cela relève de la gageure! On n’est pas chez soi, la cuisine de l’appartement qu’on a pris en sous-location n’est pas sa propre cuisine, donc on n’y est pas aussi bien. On est pressé, on bosse tout le temps etc. Et pourtant, en faisant ma salade dans ma vie, je fais aussi ma petite salade culinaire.

Ma règle ces semaines-ci: pas de restos (l’argent part dans ma boîte), mais l’observation des moeurs dans les marchés et supermarchés, l’échange de bons mots, et l’exploration d’ingrédients peu connus. Or au fil des semaines j’ai accumulé un petit compendium de secrets et d’ingrédients typiquement belges qui font très plaisir. Je ne vous parle pas des plus connus: les moules, les frites, le chocolat, les crevettes (grises et roses), les gaufres, les chicons/endives. On sert ces choses-là en pâture au touriste de passage, qui s’en dégoûte facilement. Pour redécouvrir ces ingrédients-là, il faut du temps et l’envie de sortir  des sentiers battus. Mais dans ce cas-là les plaisirs sont garantis!

Mais mes petits bonheurs belges du moment et de la saison sont:

Le cresson: je n’en trouve que très rarement à Paris. Les Anglais aiment ça, les Français l’ont délaissé. En Belgique c’est le must sur les étalages de verdures. Craquant, citronné, poivré. Superbe. Seul avec de l’huile d’olive, du sel, du beau poivre, ou mélangé avec d’autres ingrédients en salade.

Le cerfeuil. Herbe un peu moyenâgeuse, qu’on a tendance à oublier en France (avec notre mode du tout-japonisant…). On en achète par bottes énormes entières par ici. A ajouter dans la salade, à intégrer dans les pâtes, les soupes. Un parfum anisé discret, virant vers le musc. A redécouvrir!

Le Herve. Fromage de la région de Liège. De la famille du Munster ou du Langres, en moins "puant", en plus épicé et beaucoup plus raffiné! En version piquante ou douce. Voir photo (Herve piquant):

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Les ingrédients du Pottekees, que l’on mélange, ou mange/utilise séparément : fromage blanc, oignon de printemps, radis, avec du Herve ou bien une variante, le fromage de Bruxelles.

Le pain de seigle: les Belges savent y faire! On y tartine le pottekees - ou bien le fameux sirop de Liège au petit déjeuner!

Pour finir, une recette de salade de saison (2-3 portions) – qui sent la transition entre l’hiver et le printemps:

3 petits chicons/mini-endives frais et croquants, coupés en quatre, dans le sens de la longueur

Des tiges de cresson de fontaine

Des tiges de cerfeuil

Des branches de persil plat

Une poire mûre pelée et tranchée, arrosée de jus d’orange pressée

Quelques radis effilés

Une "vinaigrette" à l’orange: 2-3 cuillerées à soupe de bonne huile d’olive. Le jus d’une demi orange – bio de préférence. Une demi cuillerée à café de moutarde de Dijon. Sel. poivre.

Et hop, on mélange. On accompagne cela de préférence d’une belle tranche de pain de seigle et d’un bon fromage.

 

 

 

Natures mortes de Belleville #5 – L’ anone

P1110694Dimanche quand j’ai acheté mon anone (corossol, chérimole, pomme de pain), j’ai trouvé l’aspect de ce fruit extrêmement attrayant – sa peau aux rugosités écaillées, mais très molle quand le fruit est mûr; ses graines noires; sa chair blanche et pure. Son goût? Quelque part entre le yaourt et la poire avec une légère texture de mangue mûre. Un côté "fruit défendu" avec ses graines noires toxiques – qu’il faut donc cracher systématiquement! Fruit "bellevillois" par excellence car présent en Méditerrannée, en Asie et dans les Amériques. Je l’ai mangé très mûr – et donc tâché par endroits – et me suis régalée.

Résumé d’histoire du quartier – en version culinaire et à l’occasion des municipales

"Qu’on m’entende bien, il n’y a aucune méchanceté, ni naïveté dans mon propos. La loi du plus fort est toujours la meilleure. Le chaource ou l’époisses, en dépit de leurs indéniables qualités gustatives, ne sauraient prétendre supplanter la brochette de poulet au saté ou le potage à la méduse. La montre Swatch,  universellement distribuée, mérite d’inonder l’échoppe bellevilloise autant que le sandwich tunisien qui l’avait conquise de haute lutte, après avoir lui-même terrassé le strudel aux pommes ou le gefillte fish".

Extraits de Thierry Jonquet, Jours tranquilles à Belleville, Points Seuil.

Les amis: passage éclair dans mon quartier parisien. La première chose sur laquelle je me suis ruée à mon arrivée sont des mangues bien mûres et des anones de chez mon marchand de fruits exotiques du haut de la Faubourg du Temple – il n’y a pas de telles merveilles dans le quartier à Bruxelles où je passe beaucoup de temps en ce moment. Mon marchand semblait même content de me voir – ça faisait un bail, en effet. Je suis aussi aller voter, comme il se doit.

Il me semble qu’un des meilleurs livres pour comprendre les enjeux des municipales à Belleville est le dorénavant "classique" Jours tranquilles à Belleville, de Thierry Jonquet. Ecrit en 1999, le scandale médiatico-politique que ce livre a provoqué me paraît, avec la distance, incompréhensible, mais au final peu surprenant: dans ce pays dès qu’on parle ré-a-li-té, il y a scandale. Quoi qu’il en soit, et quoi qu’on pense des opinions de cet écrivain, tous les problèmes du quartier y sont bien exposés.  A ce titre c’est un livre utile. Hélas, au niveau des problèmes pas grand-chose n’a changé depuis la fin des années 1990. Sauf - heureusement - le problème des seringues dans la rue – qui n’y sont plus. En revanche, on a vu la déferlante de la prostitution chinoise…Et le nombre de SDF n’a cessé d’augmenter. En mêmes temps, sa crainte principale - une descente aux enfers communautariste – ne s’est pas non plus réalisée. Belleville est un lieu compliqué, mais ce n’est pas le ghetto. On note aussi que la mode des montres Swatch est passée – ouf – pour être remplacée par celle des smartphones d’occasion, et que maintenant c’est l’épicerie "bobo" qui fait son apparition…

Mais ce bouquin n’est pas uniquement un pamphlet socio-politique plein de verve. C’est aussi une ode au lieu: Jonquet, qui y habitait jusqu’à son décès, est conquis par le charme du quartier et par sa diversité humaine… tout comme par ce qu’on y trouve à manger (histoire de renouer avec l’objet de ce blog!). Ils se dit "séduit" par la cuisine asiatique. Comme le paragraphe cité ci-dessus l’indique, il y a même réussi à capter l’Histoire du quartier au 20e siècle - les successions de vagues migratoires - dans ses dimensions culinaires….

Jonquet

NB – L’extrait cité ci-haut, fait partie de deux-trois pages dans lesquelles Jonquet décrit l’arrivée en masse des marchands chinois et des effets de la puissance financière des "tontines" de la communauté asiatique sur la nature des commerces.

Quiche "flamande" – la magie de la bière et des épices

P1110693Encore une tarte, et encore une recette belge! Eh oui, j’aime les tartes salées, et je suis encore en Belgique (Belleville me manque!). Une de mes recettes préférées est la quiche dite ‘flamande’, idéale en cette saison de fin d’hiver, quand les légumes de printemps ne sont pas encore là, mais quand on les pressent déjà. Le secret de cette quiche? Cuisson des poireaux à la bière belge, et épices de pain d’épice! A accompagner d’une belle salade verte craquante. Lire la suite

La belge-attitude – tarte aux chicons (endives pour les Français)

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Bon, les amis: fidèle à mon nomadisme compulsif, je me balade encore beaucoup. En ce moment, je passe une grande partie de mon temps à Bruxelles, en Belgique, pour un projet professionnel. Je suis un peu triste de devoir délaisser Belleville dans les prochaines semaines, mais c’est la vie. Bruxelles n’est de loin pas ma ville préférée en Europe – je suis décidément une fille des grandes métropoles, pas de ces innombrables villes moyennes européennes un peu léthargiques (ces trams pleins de vieux qui ne passent que toutes les vingt minutes, argh) comme l’est la soi-disant capitale de l’Europe. Passons. Mais Bruxelles a un atout réel: on y mange bien. Lire la suite

Une bonne surprise rue Louis Bonnet – Resto Au Poivre du Szechuan

Cela fait deux ans que je blogue sur mes aventures culinaires à Belleville et pas une seule fois je n’ai mentionné les cantines et petits restaurants de la rue Louis Bonnet. C’est pourtant LA rue dans laquelle se ruent les masses du quart nord-est parisien en quête de mets asiatiques, pensant trouver l’authentique Indochine ou Extrême Orient. La raison de ce silence est simple: jamais je n’ai eu l’impression d’avoir vraiment bien mangé ou dégusté quelque chose de réellement original, sortant un peu du cadre habituel du nêm au porc et/ou crevettes  surgelé-réchauffé cloné à répétition sur toute la place de Paris.

Ne voulant pas passer pour totalement négative, cependant, j’ai décidé de re-donner sa chance à ce petit bout de rue, et voilà que je tombe, un midi de février, sur un petit restaurant presque vide, au décor kitsch (toutes les critiques sur internet notent positivement ou bien s’offensent des murs verts), mais que la carte intrigue, car elle semble indiquer une cuisine authentique. Lire la suite

Déjeuners vraiment tranquilles à Belleville

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Près de la station de métro Belleville, on se "bouscule dans un désordre incessant que rien ne semble pouvoir réguler" (Thierry Jonquet, dans Jours tranquilles à Belleville).

Que le calme puisse régner à deux pas semble une idée presque incongrue. Mais c’est tout à fait possible. Il suffit de remonter la rue de Belleville, de tourner à gauche dans la rue Rébeval, puis de rejoindre son croisement avec les rues Pradier et de l’Equerre. Vous voici soudainement immergé dans le paradis du Bobo parisien représentatif de la zone Belleville/Buttes Chaumont: calme, ambiance villageoise, vote Front-de-gauche ou EELV, bonne chère.

Si votre budget est plutôt celui d’un étudiant vous pouvez vous régaler d’une soupe toute nature et savoureuse chez Zoé Bouillon. J’ai récemment pu m’y régaler d’une soupe aux lentilles à la crème de roquefort, suivie de deux belles tranches de cake salé. Leurs recettes de salades, de leurs  soupes et cakes varient un peu en fonction des saisons et des arrivages. Vous vous en sortirez pour 11-13 euros et saurez que vous avez a mangé "bon" (saveur) et "bien" (santé).

Zoé Bouillon, 66, rue Rébéval, 75019 Paris

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Si vous êtes d’humeur un peu plus dépensière, allez en face, vous faire servir comme à l’époque chez Mamie à la table d’hôtes Mon Oncle le Vigneron et suivez le rythme des hôtes, un couple japono-basque tout calme et tranquille. Lui s’occupe surtout du vin, et Madame, elle, pratique la cuisine campagnarde française à perfection. Perfection, recherchée et un peu "apprise" - même dans le style "campagne" supposément plus négligé du lieu. Mais c’est beau: japonais, quoi. Jeudi dernier à midi, avec seulement quelques voisins de table, la copine qui m’accompagnait et moi étions entourées de trois baies vitrées et regardions bien au chaud, le ciel turbulent et nuageux que l’on apercevait à travers plantes, vieilles soupières rétro et bouteilles de vin ornant ces vitrines (voir photo). Des mauvaises langues diront qu’on est un peu dans le monde idéalisé d’Amélie Poulain. On note que des photos de la rue de Belleville datant des années 1970 décorent les toilettes: pas encore de signes marqués de présence nord-africaine et asiatique, pas de barres HLM, beaucoup de bars-tabac à l’ancienne, pas de grafittis/Street Art au débouché de la rue Denoyez et pas de foules Aux Folies….Les temps changent!

Au menu la semaine dernière:

Entrée: fromage de chèvre frais arrosé d’huile d’olive et agrémenté de gros sel et de piment – tout de qualité supérieure

Plat: Une soupe de pois cassés

Accompagnement: une salade verte à la salade vinaigrette façon Mamie (avec moutarde de Dijon, ail)

Vin: un vin du Larzac bien corsé

En dessert: crème de marrons avec crème fraîche bio (en face: fondant au chocolat à la crème de framboise fait maison).

Nous n’avons rien eu à redire de ce qui nous a été servi, et fortement destressé. Le lieu ne vous ruine pas non plus… et y prendre le déjeuner vous reviendra moins cher que d’y dîner. D’autres ont aussi aimé.

Mon Oncle le Vigneron –  2 rue Pradier, Paris 19e.